Produits 8 min readmars 2026

CAN vs Urée : choisir le bon engrais azoté

CAN vs Urée : choisir le bon engrais azoté

L'azote est le nutriment le plus déterminant pour la croissance des cultures, et le choix entre le CAN (27 % N) et l'urée (46 % N) est l'une des décisions les plus fréquentes pour les agriculteurs et distributeurs européens. Chaque produit présente des avantages distincts selon le type de sol, le climat, les exigences culturales et le cadre réglementaire. Ce guide détaille les différences clés pour vous aider à prendre une décision d'approvisionnement éclairée.

Teneur en éléments nutritifs et efficacité

La différence la plus évidente entre le CAN et l'urée est la concentration en azote. L'urée contient 46 % d'azote — la plus élevée de tous les engrais azotés solides — tandis que le CAN contient 27 % d'azote accompagné de calcium et, dans certaines formulations, de magnésium.

Toutefois, la concentration seule ne détermine pas l'efficacité. La forme de l'azote est primordiale :

L'urée (CO(NH₂)₂) contient de l'azote sous forme amidique. Après application, l'enzyme uréase du sol la convertit d'abord en ammonium (NH₄⁺) puis en nitrate (NO₃⁻). Ce processus prend plusieurs jours et dépend fortement de la température du sol, de l'humidité et du pH. Des pertes significatives d'azote sous forme de gaz ammoniac (NH₃) peuvent survenir, surtout en application de surface sur des sols chauds et humides.

Le CAN fournit l'azote sous deux formes simultanément : environ la moitié sous forme d'ammonium (NH₄⁺) et l'autre moitié sous forme de nitrate (NO₃⁻). La fraction nitrate est immédiatement disponible pour les plantes et se déplace librement dans la solution du sol vers la zone racinaire. La fraction ammonium est retenue par les particules du sol et convertie progressivement en nitrate, assurant un effet de libération prolongée.

Cette double livraison confère au CAN un avantage d'efficacité significatif dans de nombreuses situations. Les cultures peuvent absorber l'azote nitrique immédiatement après l'application, tandis que la composante ammoniacale fournit une réserve à libération plus lente.

Impact sur le pH du sol : L'urée provoque une réaction initialement alcaline dans le sol (augmentation du pH pendant l'hydrolyse), favorisant la volatilisation de l'ammoniac. À long terme, cependant, la nitrification de l'ammonium en nitrate libère des ions hydrogène, faisant de l'urée un engrais acidifiant net. Le CAN est essentiellement neutre grâce à sa composante de carbonate de calcium, qui tamponne l'effet acidifiant. Sur des sols déjà acides, cette différence est considérable.

Application et manipulation

Le stockage et la manipulation diffèrent considérablement. L'urée est hygroscopique — elle absorbe facilement l'humidité de l'air, ce qui peut provoquer un agglomérat et une dégradation pendant le stockage. Elle doit être stockée dans des conditions sèches et hermétiques. Le CAN, bien que plus lourd par unité d'azote, est physiquement plus stable et moins sensible à l'humidité.

Caractéristiques d'épandage : Les granulés de CAN sont plus denses et se répartissent plus uniformément avec les épandeurs centrifuges standard. Les granulés d'urée, plus légers, peuvent être affectés par le vent.

Application foliaire et fertigation : L'urée se dissout facilement dans l'eau et constitue le choix privilégié pour l'alimentation foliaire et les systèmes d'irrigation au goutte-à-goutte. Le CAN ne convient pas à l'application foliaire en raison de sa teneur en calcium, qui peut provoquer des brûlures foliaires.

Fertilisation de couverture par temps frais et humide : C'est ici que le CAN excelle véritablement. Dans les conditions printanières d'Europe du Nord et centrale — sols frais, pluies fréquentes — l'urée souffre de deux problèmes : conversion uréasique lente (qui nécessite de la chaleur) et risque élevé de volatilisation sur surfaces humides. La fraction nitrate immédiatement disponible du CAN contourne ces deux problèmes.

Moment d'application : L'urée devrait idéalement être incorporée au sol dans les 24 à 48 heures suivant l'application (par la pluie ou le travail du sol) pour minimiser les pertes d'ammoniac. Le CAN peut être appliqué en surface avec confiance dans une gamme plus large de conditions.

Utilisation avec des inhibiteurs : Les inhibiteurs d'uréase (comme le NBPT) peuvent réduire significativement les pertes d'ammoniac de l'urée. Les réglementations de l'UE encouragent de plus en plus l'utilisation d'urée traitée aux inhibiteurs — la Directive Nitrates et ses transpositions nationales poussent cette tendance.

Comparaison des coûts

L'urée est généralement moins chère par tonne métrique que le CAN. Aux prix indicatifs actuels (mars 2026), l'urée se négocie autour de 285–295 USD/MT CFR Hambourg, tandis que le CAN se situe à 240–255 USD/MT DAP Rotterdam.

Mais la métrique pertinente pour les acheteurs est le coût par kilogramme d'azote, pas le coût par tonne de produit :

Urée (46 % N) : À $290/MT → $0,63 par kg N
CAN (27 % N) : À $248/MT → $0,92 par kg N

Sur une base pure de coût par unité d'azote, l'urée est environ 30–35 % moins chère. C'est la raison principale pour laquelle l'urée domine le commerce mondial de l'azote.

Cependant, ce calcul ne tient pas compte de :

1.Pertes par volatilisation : L'urée peut perdre 10–30 % de son azote sous forme d'ammoniac dans des conditions défavorables. Avec 20 % de pertes, le coût effectif par kg d'azote *délivré* monte à $0,79/kg — l'écart se réduit significativement.
2.Coût des inhibiteurs : L'ajout d'un inhibiteur d'uréase (NBPT) coûte typiquement $15–25/MT supplémentaires, portant le coût effectif à $0,68–0,70/kg N.
3.Valeur du calcium : Le CAN apporte 8–10 % de calcium, qui a une valeur agronomique sur les sols carencés en calcium.
4.Coûts logistiques : La concentration plus élevée en azote de l'urée signifie moins de tonnes à transporter par hectare (environ 40 % de poids en moins).

Conclusion pour les distributeurs : L'urée offre le coût le plus bas par unité d'azote et constitue le produit de volume. Le CAN justifie un premium sur les marchés où la précision, la conformité environnementale et les conditions de sol le requièrent. La plupart des distributeurs européens proposent les deux produits.

Considérations environnementales

La réglementation environnementale façonne de plus en plus la décision CAN-vs-urée en Europe. Les enjeux clés sont les émissions d'ammoniac, la lixiviation des nitrates et les contributions aux gaz à effet de serre.

Émissions d'ammoniac (NH₃) : C'est le facteur de différenciation environnementale le plus significatif. L'urée est la plus grande source agricole d'émissions d'ammoniac en Europe. En application de surface sans incorporation ni inhibiteurs, jusqu'à 30 % de l'azote peut être perdu sous forme gazeuse. L'ammoniac contribue à la formation de particules fines, aux pluies acides et à l'eutrophisation des écosystèmes sensibles.

Le CAN produit des émissions d'ammoniac négligeables dans des conditions normales, ce qui en fait l'option environnementalement préférable pour la fertilisation azotée de couverture.

Tendances réglementaires de l'UE : La Directive NEC (plafonds d'émissions nationaux) oblige les États membres à réduire les émissions d'ammoniac. L'ordonnance allemande sur les engrais (Düngeverordnung) impose déjà l'incorporation de l'urée dans les 4 heures suivant l'application ou l'utilisation d'inhibiteurs d'uréase. Des réglementations similaires sont en vigueur ou en cours d'élaboration aux Pays-Bas, au Danemark, en Irlande et dans d'autres États membres.

La politique agricole suisse encourage également les pratiques de fertilisation à faibles émissions, avec des conditions de paiements directs liées à l'efficacité nutritive.

Lixiviation des nitrates : La composante nitrate du CAN est mobile dans le sol et peut être lessivée sous la zone racinaire lors de fortes pluies, en particulier sur les sols sableux. La forme ammoniacale de l'urée (après conversion) est mieux retenue par les particules du sol.

Empreinte carbone : La production de CAN a une empreinte carbone par tonne plus élevée que celle de l'urée, principalement en raison de la production d'acide nitrique énergivore. Par unité d'azote effectivement délivré, la différence se réduit.

Bilan environnemental global : Pour la fertilisation de couverture en Europe du Nord, le CAN est le produit environnementalement préféré. Lorsque l'urée est économiquement nécessaire, l'urée traitée aux inhibiteurs constitue le choix responsable.

Quel produit choisir ?

Le choix entre le CAN et l'urée dépend des circonstances spécifiques. Voici un cadre de décision pratique :

Choisir l'urée quand :

Le coût par unité d'azote est le critère principal
Le pH du sol est neutre à alcalin (risque de volatilisation moindre)
Le produit peut être incorporé rapidement au sol (travail du sol ou irrigation)
L'application foliaire ou la fertigation est prévue
Les inhibiteurs d'uréase sont disponibles et économiquement justifiés
Les conditions de stockage sont sèches et contrôlées
Des charges de transport plus légères par hectare sont préférées

Choisir le CAN quand :

La précision et l'efficacité azotée sont critiques
Les conditions fraîches et humides prévalent (printemps nord/centre-européen)
L'application en surface sans incorporation est nécessaire
Les réglementations environnementales restreignent l'utilisation d'urée non traitée
Le sol est acide (le carbonate de calcium du CAN tamponne)
L'apport de calcium est un objectif agronomique supplémentaire
Fertilisation de couverture des céréales et du colza en printemps

Pour les distributeurs et importateurs : La plupart des distributeurs européens performants proposent les deux produits. L'urée est le moteur de volume avec des marges plus faibles ; le CAN sert les marchés premium et les marchés guidés par la conformité. Les profils de demande régionaux varient significativement — la Scandinavie, l'Allemagne et les pays du Benelux sont des marchés CAN forts, tandis que l'Europe du Sud et de l'Est penche davantage vers l'urée.

Cerantis fournit aussi bien l'urée (46 % N) que le CAN (27 % N) à partir de 20 MT par conteneur. Contactez-nous pour les prix actuels ou une offre combinée pour l'ensemble de votre portefeuille azoté.

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Questions fréquentes

Le CAN est-il plus efficace que l'urée ?
Le CAN est plus efficace par temps frais et humide et en application de surface, car sa fraction nitrate est immédiatement disponible pour les plantes et ne subit pas de pertes par volatilisation de l'ammoniac. Dans des conditions idéales (sol chaud, incorporation rapide), l'urée peut être tout aussi efficace, surtout avec des inhibiteurs d'uréase.
Pourquoi l'urée est-elle moins chère que le CAN ?
L'urée contient 46 % d'azote contre 27 % pour le CAN, ce qui signifie moins de tonnes nécessaires par hectare. Le processus de production est également plus simple et moins énergivore par unité d'azote. L'avantage de coût se réduit toutefois lorsqu'on intègre les pertes d'azote et le coût des inhibiteurs.
Peut-on mélanger CAN et urée ?
Le mélange physique de CAN et d'urée n'est pas recommandé car la combinaison est hygroscopique et peut devenir instable. Ils doivent être appliqués séparément. La solution UAN (urée-nitrate d'ammonium) est le produit commercial qui combine les deux formes d'azote sous forme liquide.
Quelle est la quantité minimale de commande pour le CAN ou l'urée chez Cerantis ?
Cerantis fournit le CAN et l'urée à partir de 20 tonnes métriques (MT) par conteneur, en conditions CIF ou FOB. Nous proposons des devis combinés pour les commandes multi-produits.